FISCALITÉ 04.08.26 · 6 MIN

CFE et transfert de siège : le prorata temporis expliqué

Comment la CFE est-elle calculée l'année d'un transfert de siège social ? Règle du 1er janvier, prorata temporis, double imposition : tout ce que vous devez savoir.

Sommaire — 6 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 La CFE est établie d'après la situation au 1er janvier : la commune de votre siège à cette date perçoit la taxe pour toute l'année.
02 Un prorata temporis peut s'appliquer uniquement en cas de création ou de cessation d'activité en cours d'année — pas pour un simple transfert de siège.
03 Le transfert de siège ne modifie pas le SIREN mais entraîne un changement de SIRET si vous changez de commune, avec impact sur les cotisations futures.

Transférer le siège social de votre société ne déclenche pas automatiquement un calcul de CFE au prorata temporis. La cotisation foncière des entreprises obéit à une règle simple et souvent mal comprise : la commune compétente est celle où se trouve votre siège au 1er janvier de l’année d’imposition. Vous déménagez en avril ? La commune de départ encaisse la CFE pour toute l’année.

Ce que dit réellement l’article 1478 du CGI

La CFE — cotisation foncière des entreprises — est un impôt local dû par toute entreprise qui exerce une activité professionnelle non salariée. Son assiette et sa territorialité sont définies par article 1478 du Code général des impôts.

Le principe est le suivant : l’imposition est établie d’après la situation constatée au 1er janvier de l’année. Concrètement, si votre société avait son siège à Mérignac (33) au 1er janvier 2026, c’est la commune de Mérignac qui percevra la CFE 2026, intégralement — même si vous avez signé le bail de vos nouveaux locaux à Bayonne (64) dès le mois de février.

⚠️ Piège fréquent : certains dirigeants anticipent un “prorata” sur leur trésorerie et déclarent un siège à la nouvelle adresse avant même d’avoir régularisé la formalité. Non seulement cela ne génère aucune économie fiscale sur l’année en cours, mais cela peut créer une discordance entre l’adresse déclarée à l’INPI et la situation réelle au 1er janvier, avec des complications à la clé.

Le prorata temporis mentionné à article 1478 du Code général des impôts ne joue qu’en cas de création d’établissement ou de cessation d’activité en cours d’année. Un simple transfert de siège — même hors ressort de greffe — ne constitue ni l’un ni l’autre : la personne morale continue d’exister sans interruption (article 1844-3 du Code civil ; article L210-6 du Code de commerce).

La règle du 1er janvier : ce que ça change concrètement

Prenons l’exemple d’Antoine, gérant de l’EURL Mistral Conseil, qui transfère son siège de Mérignac (33) à Bayonne (64) avec effet au 1er mars 2026.

SituationCommune bénéficiaire de la CFEMontant
Siège à Mérignac au 1er janvier 2026Mérignac perçoit la CFE 2026Intégralité
Transfert effectif le 1er mars 2026Mérignac conserve ses droits pour 2026Aucun prorata
Situation au 1er janvier 2027Bayonne devient compétenteDès 2027

Antoine ne paiera donc pas deux fois la CFE pour la même année. Il ne bénéficiera pas non plus d’une réduction. L’impact fiscal réel du transfert se matérialisera à partir du 1er janvier 2027, date à laquelle la commune de Bayonne appliquera son propre taux et ses bases foncières.

Ce décalage peut être soit avantageux (taux communal plus faible à Bayonne), soit défavorable (taux plus élevé, valeur locative des nouveaux locaux plus importante). Une vérification préalable des taux de CFE dans la commune d’arrivée est donc recommandée avant de finaliser le choix de la nouvelle adresse.

SIRET, SIREN et conséquences administratives du changement de commune

Un point souvent confondu avec la CFE : le numéro SIREN ne change pas. Le transfert de siège ne crée pas une nouvelle entité juridique. La société continue avec la même immatriculation, le même historique au RCS, les mêmes contrats en cours.

En revanche, le SIRET de l’établissement principal est mis à jour dès lors que vous changez de commune. Le SIRET est composé du SIREN (9 chiffres) et du NIC (4 chiffres identifiant l’établissement). Un changement de commune entraîne l’attribution d’un nouveau NIC par l’INSEE via le guichet unique INPI.

📌 À retenir : pensez à mettre à jour vos factures, vos contrats-cadres et vos documents bancaires dès réception du Kbis mis à jour. Le SIRET figurant sur vos avis de CFE changera également, ce qui peut générer une confusion si vos coordonnées bancaires de paiement sont enregistrées par référence à l’ancien SIRET.

Cette mise à jour intervient automatiquement à l’issue de la formalité d’inscription modificative déposée via le guichet unique INPI. Vous disposez d’un délai de un mois à compter de la décision de transfert pour effectuer cette déclaration (article R123-66 du Code de commerce).

Le cas particulier : transfert et ouverture d’un nouvel établissement

La règle du 1er janvier s’applique par établissement. Si, à l’occasion de votre transfert de siège, vous conservez un établissement secondaire dans la commune de départ (bureau, atelier, stock), cet établissement reste imposable à la CFE dans cette commune.

De même, si vous ouvrez un établissement physique distinct dans la commune d’arrivée — avant même que le transfert de siège soit acté — cet établissement peut donner lieu à une CFE distincte, calculée en fonction de la date de création.

SituationRègle CFE applicable
Transfert seul, pas d’établissement secondaireCommune de départ taxe pour toute l’année N
Siège transféré + ancien local conservé en NDeux CFE possibles : une par commune
Nouveau bureau ouvert en N avant le transfertCFE création = prorata selon date d’ouverture
Cessation totale dans la commune de départ en NExonération ou dégrèvement possible (article 1478 du Code général des impôts)

Ce tableau illustre pourquoi il est essentiel de clarifier votre situation physique et contractuelle avant de déclarer le transfert. Avez-vous résilié votre bail dans la commune de départ ? Conservez-vous un local à votre ancien siège ? Les réponses conditionnent votre situation fiscale locale pour l’année entière.

Si vous souhaitez anticiper la nouvelle adresse dans les règles, consultez notre guide sur l’autorisation du propriétaire pour le siège social : un justificatif de jouissance des locaux est obligatoire pour valider la nouvelle adresse auprès du greffe.

Procédure de transfert et calendrier fiscal optimal

Pour minimiser les effets fiscaux indésirables, la date effective du transfert — celle inscrite dans la décision modificative et publiée dans l’annonce légale — mérite d’être choisie avec soin.

Transfert effectué avant le 1er janvier N+1 : la commune de départ perçoit la CFE pour toute l’année N. La commune d’arrivée est compétente dès N+1.

Transfert effectué après le 1er janvier N+1 : la commune d’arrivée ne percevra la CFE qu’à partir de N+2. Si les taux sont plus favorables à destination, il peut être préférable d’anticiper le transfert avant la fin de l’année civile.

💡 Conseil pratique : si vous souhaitez que la commune d’arrivée soit compétente dès l’année suivante, finalisez la formalité INPI avant le 31 décembre. Un transfert décidé le 28 décembre mais enregistré au greffe le 3 janvier produira ses effets fiscaux l’année suivante — vérifiez la date d’effet retenue dans votre décision et celle de l’inscription modificative.

La procédure complète d’un transfert de siège comprend :

  1. Décision de l’organe compétent (gérant pour l’EURL selon article L223-18 du Code de commerce, président ou organe désigné par les statuts pour la SAS/SASU selon articles L227-1 et suivants du Code de commerce) ;
  2. Modification des statuts (article L210-3 du Code de commerce ; article 1835 du Code civil) ;
  3. Publication d’une annonce légale dans un support habilité du département du nouveau siège — et dans le département de départ si vous changez de ressort de greffe (une annonce légale dans le département de départ et une dans le département d'arrivée) ;
  4. Dépôt de l’inscription modificative via le guichet unique INPI dans le délai d’un mois ;
  5. Réception du Kbis mis à jour avec la nouvelle adresse et le nouveau SIRET.

Pour le transfert d’Antoine de Mérignac à Bayonne, le changement de département (33 → 64) implique un changement de ressort de greffe : il faudra publier une annonce légale dans la Gironde et dans les Pyrénées-Atlantiques. Un oubli sur ce point est l’une des causes les plus fréquentes de rejet du dossier. Retrouvez un exemple complet dans notre article sur l’exemple d’annonce pour modifier son siège social.

Pour déléguer l’ensemble de ces étapes et éviter les erreurs de calendrier ou de greffe, découvrez notre service de transfert de siège social : dossier complet, annonce légale incluse, dépôt INPI géré pour vous.

Ce que le transfert ne change pas (et ce que certains oublient)

Au-delà de la CFE, un transfert de siège social n’entraîne aucune rupture de la personne morale. Les contrats, les créances, les dettes, les autorisations administratives et les éventuels agréments restent attachés à la société. Le numéro de TVA intracommunautaire — qui reprend le SIREN — est conservé.

En revanche, certains éléments doivent être mis à jour :

  • L’adresse sur les documents commerciaux (CGV, bons de commande, factures) doit refléter le nouveau siège dès la publication au BODACC ;
  • Les contrats d’assurance doivent être notifiés pour couvrir les nouveaux locaux ;
  • Le SIE (Service des Impôts des Entreprises) compétent change si vous changez de département : votre dossier fiscal est transféré au SIE du nouveau siège. Ce transfert est normalement automatique, mais il est prudent de le vérifier quelques semaines après la formalité INPI.

Si votre nouvelle adresse est une domiciliation commerciale, assurez-vous que le contrat de domiciliation est bien en cours de validité et conforme aux exigences du greffe. Notre article sur les adresses rejetées lors d’un changement de siège détaille les motifs de rejet les plus courants.

Enfin, si votre transfert s’accompagne d’une annonce légale à publier dans un journal en ligne, consultez notre guide sur l’annonce légale de transfert de siège en ligne pour choisir un support habilité dans le bon département.


Article rédigé par Marie Gattepaille, dirigeante de Legidesk.fr (Bordeaux), spécialiste des formalités pour dirigeants et professions réglementées. Mise à jour : 4 août 2026.

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Marie Gattepaille
Supervise les dossiers du réseau · relu le 04.08.26
150 € HT
vérifié avant dépôt
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